Le portable d’Horatio

Le portable d’Horatio

“Chef ! On a reçu la demande de rançon. Le ravisseur nous a envoyé la photo de la victime.”. L’inspecteur attrape l’image et la montre au père de la jeune Magalie, disparue la veille dans la propriété familiale. “Vous confirmez que c’est votre fille ?” Devant la réponse positive du père de famille, l’inspecteur lit le message complet du kidnappeur puis se précipite dans le bureau des experts informatiques. 

Alors que Gilles sirote paisiblement son café, il est interrompu par le bouillant enquêteur. Ce dernier souhaite savoir s’il est possible de retracer le mail. Le ravisseur maîtrise la technologie et a transmis le courrier à travers le réseau Tor. C’est donc intraçable pour la Police française. De même les données Exif ont été soigneusement modifiées. Elles indiquent un bar à Tokyo. Impossible donc à exploiter. 

J’interromps mon récit pour quelques explications. Tor est un réseau qui rend ses utilisateurs anonymes (plus efficace mais plus lent que les VPN). Les données Exif sont les données associées aux photos prises avec un appareil photo numérique (APN). Si vous prenez des photos avec votre smartphone, ce dernier possédant un GPS, il est possible de localiser précisément ces photos en lisant les données Exif. 

L’inspecteur s’emporte “Je croyais que tu pouvais tout faire avec un ordinateur.”. Gilles répond “Bien sûr. Je peux même faire parler les morts. Mais regardez la photo.” Gilles zoome sur la pupille de la petite victime et l’image d’un homme apparaît. En corrigeant certains paramètres, il réussit à obtenir un visage moins flou mais peu reconnaissable. “Imprime-le, avec un peu de chance le père pourra le reconnaître” dit l’inspecteur.

Alors que ce dernier allez quitter le bureau, Gilles le retient. “Attendez ! Je n’ai pas fini. Il est possible d’obtenir une image nette même si on n’est pas dans un épisode des Experts.”. L’informaticien se connecte alors à un service en ligne et y soumet l’image. En retour, il reçoit une image HD du suspect. “Montrez cette image au père. Je vais lancer une recherche dans nos bases.” continue Gilles. 

L’inspecteur s’empare du document sortant à peine de l’imprimante et retourne dans son bureau. Le père de Magalie est formel. Il s’agit d’un jeune apprenti de son jardinier. Alors qu’il cherche à se rappeler de son nom, Gilles débarque en soufflant et dit “Les fichiers ont parlé. Il est connu de la maison pour de petits larcins. Actuellement, son téléphone le signale chez lui. Voici son adresse …”. 

Avant même que Gilles n’ait terminé l’inspecteur s’empare du dossier imprimait, appelle deux collègues. Ensemble ils partent à l’adresse indiquée. Gilles reste alors avec le père. 15 minutes plus tard, son téléphone sonne. La petite Magalie est saine et sauve et son ravisseur est hors d’état de nuire. Gilles en informe le père. Ce dernier, heureux de la nouvelle questionne Gilles “Dites-moi ! Comment avez-vous obtenu son portrait avec seulement la photo de ma fille?” 

Gilles explique le principe du reflet pupillaire et de la technologie d’upsampling (suréchantillonage) d’une image par une IA (intelligence artificielle) en GAN (Generative Adversarial Network). Ce dernier point semble mystérieux pour le père de famille. Abus d’anglicisme

“Pour faire simple” reprend Gilles ”Un programme informatique crée un portrait humain, avec les mêmes caractéristiques (couleurs, formes, …) que l’image initiale dans une définition bien supérieure. Ensuite, il soumet le résultat à un autre programme qui vérifie que le portrait obtenu est bien humain puis réduit ce dernier, pour le comparer avec l’image initiale. Il  note le travail du premier programme et lui demande de recommencer si ce n’est pas correct. Au bout d’un certain nombre d’aller-retour, on obtient un portrait réaliste.”. 

Le père de famille est dubitatif et oublie toutes les explications de notre expert au moment où il entend la voix de sa fille. Il sort du bureau pour retrouver son enfant. “À quoi bon expliquer l’informatique ? L’essentiel c’est que cela fonctionne. Même si cela paraît magique, ce n’est pourtant pas compliqué.” s’exclame Gilles se pensant seul. L’inspecteur lui répond “Ta raison Merlin, en attendant tu nous as bien aidé.”. 

Il y a 20 ans, les scènes des Experts me semblaient impossible. Zoomer sur quelques pixels ne les font pas devenir plus précis. On ne fait qu’agrandir des carrés. Pourtant, avec des capteurs photos toujours plus précis sur nos smartphones et des gens inventifs apparaissent de nouveaux services … magiques. 

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