Psychopathies logicielles

Psychopathies logicielles

Alors étudiant, Olivier pensait que l’informatique dans le domaine professionnel était cadré par des experts dont l’expérience permettait de s’affranchir de toute difficulté nouvelle. Ainsi, les réponses aux besoins des utilisateurs devaient être évidentes. Une fois l’architecture logicielle mise en place, le travail devenait une routine. Le plus complexe était de trouver ses marques dans cet environnement technique. 

Les stages en entreprise lui avait permis d’apercevoir cela. Sous la responsabilité d’un maître de stage en entreprise, il avait une mission précise dans un cadre technique défini. Son expérience dans la société AllInc lui semble plus nuancée. Tous les clients sont-ils comme celui-ci ? Lorsqu’il interrogeait Jean-Claude et Éric sur leurs différentes missions, il n’obtenait que des réponses évasives. 

Tout au plus, il a compris qu’AllInc n’est pas un groupe à la pointe sur le plan informatique. Cela, il s’en est déjà rendu compte. Mais dans ce cas, pourquoi rester aussi longtemps chez un client ? En ESN, la conciliation entre la vie personnelle et la vie professionnelle est simple. Tant que le client a besoin de toi, tu restes chez lui. Ensuite, si ton responsable commercial te trouve une mission à l’autre bout du pays, tu y vas ou tu démissionnes. Simple.

En poste depuis un mois, Olivier s’adapte donc à sa mission. Passons la surprise de l’expert comptable qui décide du matériel à attribuer aux collaborateurs, de la documentation fragile et du code exotique, le jeune employé rend un travail correct dans les temps. 

Lors d’une réunion, John demande à Olivier de transférer la dernière version de l’application aux utilisateurs. Le logiciel de GRH n’étant pas géré en intégration continue, le seul moyen de mettre à jour l’environnement utilisateur est de préparer un package à transmettre à l’équipe de production informatique. Olivier fait remarquer que le logiciel qui produit ce package nécessite une licence. John le renvoie vers le RSSI pour obtenir ce logiciel. 

À la fin de la réunion, le jeune prestataire contacte donc le RSSI qui s’étonne de la demande. En principe, ce besoin doit être formulé par le chef de projet, Monsieur Dumond dans ce cas. De plus, la gestion des licences est sous la responsabilité de l’équipe comptable. Olivier rédige donc un mail en mettant en copie les intervenants cités. Tout cela pour installer un logiciel indispensable à son travail. 

Les jours passent et aucune réponse de la part des responsables. Et John se fait chaque jour plus pressant sur l’envoi du paquet. Jean-Claude propose à Olivier d’installer une version non-officielle de l’outil de package. C’est d’ailleurs ce qu’avait fait Éric à l’époque. Devant l’absence de réaction des différents responsables, Olivier se résout à cette solution et peut ainsi transmettre la version à l’équipe de production. 

Suite à cet événement, Olivier s’interroge sur son client. Pourquoi les logiciels installés sur son poste de travail ne sont pas suffisants pour remplir sa mission ? Pourtant ses collègues ne semblent pas rencontrer de difficultés.

Est-il responsable des logiciels installés sur son poste de travail ? Le RSSI décide des logiciels autorisés sur les postes de travail. Donc, si Olivier a besoin d’un logiciel particulier, il doit en principe demander à ce service. 

Pourquoi aucune licence logicielle n’a été prévu pour lui si le client savait qu’il lui demanderait ce type de mission ? Dans ce sens, le comportement de John et de Monsieur Dumond ne semble pas correct. 

Pourquoi la comptabilité décide de l’affectation des licences ? Un comptable ne connaît pas le contexte de travail d’un informaticien. Pourtant, il décide des outils de ce dernier. C’est à croire que le pouvoir d’un service se mesure à sa capacité de nuisance. 

Beaucoup de questions et peu de réponses, même de la part du chef de projet. Mais au bout d’un mois de travail, Olivier peut-il se permettre de remettre en cause son travail ? Il préfère se concentrer sur ses tâches en espérant que ces désordres ne sont que passagers. Après tout, ce n’est qu’un détail de son activité professionnelle. 

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